Agence française de Développement
Nicolas Le Guen
Directeur de l’agence à Madagascar
Madagascar fait face à des vulnérabilités fortes (climat, pauvreté rurale, insularité). Comment l’AFD inscrit-elle ses financements dans une logique de transformation structurelle ?
L’AFD accompagne Madagascar et sa population depuis plus de 70 ans. Si les vulnérabilités économiques et sociales sont structurelles, nous avons dû adapter nos opérations en intégrant les conséquences du changement climatique et d’un sous-investissement public chronique.
Notre travail, en qualité de banque publique de développement est d’accompagner les autorités à élaborer des politiques publiques réalistes sur le plan budgétaire et à impact pour les populations et bien sûr à contribuer à leur financement.
Madagascar fait face aujourd’hui à une situation exceptionnelle puisque ses principaux indicateurs macroéconomique et sociaux se dégradent alors, qu’hormis dans les pays en guerre, ils progressent. Aux côtés des institutions financières internationales et de nos partenaires européens, notre ambition est d’accompagner cette transition permettant à terme de retrouver de la croissance et des services publics de qualité sur l’ensemble du territoire.
L’AFD finance plusieurs projets d’orientation et d’insertion-emploi ou d’auto-emploi (Tremplin MAD, MAMOA, Cap sur l’Emploi) mis en œuvre et portés par l’IECD. En quoi ces projets s’inscrivent-ils dans la stratégie de l’AFD à Madagascar ? Et en quoi transforment-ils les défis en opportunités concrètes d’emploi pour les jeunes et les entrepreneurs ?
Offrir des perspectives à la jeunesse malgache fait partie de nos priorités et cela s’incarne par le développement d’une offre de formation adaptée aux besoins du marché et donc des acteurs économiques et adaptée également au niveau de compétences de ces jeunes et à leurs aspirations. Dans un système économique peu structuré (90% d’emplois informels au national), IECD a réussi le pari de créer des liens avec le secteur privé pour connaître et caractériser les besoins, développer des approches de formation en lien avec les niveaux des jeunes et promouvoir des valeurs fortes autour de l’entreprenariat. Le niveau d’employabilité des jeunes issus des structures de formation soutenues par l’IECD est exceptionnel et les retours positifs des acteurs économiques confirment que l’approche est pertinente.
Dans un contexte de plus en plus contraint, comment envisagez-vous l’évolution du partenariat entre l’AFD et les acteurs locaux malgaches (OSC, entreprises, collectivités) ?
Certes de nouvelles contraintes, notamment budgétaires, pèsent nos métiers, nos moyens et nos partenaires mais nous restons fortement engagés et mobilisés pour répondre à notre mission de lutte contre les inégalités mondiales. La France aux côtés de l’Union européenne, qui demeure le premier contributeur de l’aide publique au développement dans le monde, va poursuivre son action en mobilisant ses partenaires traditionnels institutions publiques, OSC, entreprises et collectivités. De nouvelles approches et outils financiers sont en cours de réflexion. L’AFD saura s’adapter et se transformer.
Comment ce partenariat pourrait-il évoluer vers davantage de co-construction et de transfert de compétences avec ces acteurs locaux ?
C’est l’ADN de l’AFD puisque nous agissons sur la base de requête des acteurs locaux que nous accompagnons pour caractériser le besoin et dimensionner des solutions adaptées. Bien sûr, l’approche est perfectible et nous pourrions tout à fait travailler sur des approches mobilisant davantage les organisations de la société civile, les cabinets de consulting et les acteurs locaux notamment dans les phases d’instruction de nos opérations.
Quel nouveau rôle l’IECD pourrait-il jouer à l’avenir pour soutenir l’insertion professionnelle des jeunes et le développement économique local à Madagascar ?
L’IECD pourrait encore renforcer son rôle d’appui aux autorités centrales et permettre d’ajuster des politiques publiques plus réalistes, adaptées aux moyens financiers et humains des services publics. Et bien sûr poursuivre l’appui aux acteurs du privé lucratif et non lucratif qui permet de répondre de manière bien plus agile aux besoins du marché.
Ce lien entre jeunesse, formation et marché de l’emploi est la marque de fabrique de l’IECD qui possède des compétences singulières recherchées par l’AFD et l’ensemble des bailleurs de fonds.


